ÉPISODE 6 : AUX PETITS SOINS POUR LES SOIGNANTS


Le dimanche soir qui a précédé le début du confinement, Jean-François Lefebvre directeur général du CHU de Limoges (cinq hôpitaux et un Ehpad) annonce à son ingénieur restauration, Pascal Peyronnet, qu’il a pris la décision de maintenir les cuisines et le self pendant la crise.« Pas question que les personnels soignants grignotent des sandwichs sur un bout de table » : tel était le leitmotiv. Le lendemain matin, Charly Margerin, directeur adjoint chargé des prestations hôtelières et logistiques et Pascal Peyronnet réunissent les équipes, dans 3 cuisines.

« On leur a annoncé la décision de la direction. On leur a exposé nos idées et on leur a demandé ce qu’ils en pensaient », explique-t-il. Pas question d’imposer, c’est bel et bien la collégialité qui est à l’œuvre. La gestion « en mode projet » se met en place spontanément. Tous les jours, les réunions équipes se déroulent « à l’embauche », à partir de sept heures du matin. « On s’organise ensemble, on voit ce qui marche et ce qui ne marche pas », résume Pascal Peyronnet.

JE N'AI JAMAIS MANQUÉ DE BÉNÉVOLES

Chacun met la main à la patte, naturellement. « Je n’ai jamais manqué d’agent volontaires pour permuter entre unité de production, même les week-ends. Les équipes sont fières de servir les personnels soignants et les malades. » Il est vrai qu’il est sans doute plus facile de s’engager quand la direction montre l’exemple, sans relâche. C’est ce qu’ont fait Pascal Peyronnet et l’ensemble des encadrants, sur le pont de 6 heures à 18 heures, en cuisines et au service : « J’ai beau être ingénieur, je me suis mis en mode agent. J’ai posé le pain sur les plateaux, les couverts, les serviettes, comme tout le monde. »

DES DOUCEURS POUR LES SOIGNANTS

Le collectif a aussi joué pour redistribuer les dons alimentaires aux malades, résidents de l’Ehpad et personnels soignants. Car à Limoges, la solidarité a joué à plein régime. « Nous avons par exemple reçu des palettes entières de sandwich ou de fromages », rappelle ainsi Pascal Peyronnet. Les chocolats ont aussi afflué à Pâques et les cinémas de la ville ont donné des boissons et friandises. « On a passé des après-midis à faire des paquets et à livrer les soignants pour qu’ils puissent avoirles bonbons et autres douceurs le temps de la pause ».

LE SELF SERT TOUJOURS DES ENTRÉES ET DES PLATS CHAUDS

Durant la crise, une nouvelle organisation a été mise en place. Mais, au final, peu de choses a changé pour les convives. Au self, les personnels soignants et administratifs ont retrouvé peu ou prou le même menu que d’habitude : entrées chaudes, plats du jours au choix avec légumes vapeur, laitages, dessert. Seuls changements notables (hormis les règles de distanciation bien sûr) : plus de grillages et de frites au self. Pour les malades, pas de changement non plus, les plateaux sont restés les mêmes. C’est en coulisses que tout a été bouleversé. Les équipes du self sont venues prêter main forte aux unités de productions dans les centres hospitaliers et à l’Ehpad. Certains n’avait jamais bougé avant mais au final, tout le monde a apprécié. « Les agents ont appris de nouvelles méthodes».

LA CRISE FACILITE LA DYNAMIQUE DE CHANGEMENT

De là à dire qu’il y a une part de bon de cette crise, il n’y a qu’un pas. Bien sûr, « personne ne veut revivre cela », comme le dit Pascal Peyronnet. Mais une chose est sûre, cette crise a montré aux agents qu’ils étaient capables de bouleverser leurs habitudes, d’adapter leurs process, de changer d’équipes. Alors que le service restauration du CHU de Limoges est engagé dans un chantier de transformation de grande ampleur, « la crise peut permettre de gagner du temps en facilitant la dynamique de changement ». Le transfert en liaison chaude du self vers l’internat – qui vient d’être mis en place – sera ainsi pérennisé après la crise. Ce sera la première étape du processus de centralisation : à terme, l’objectif est de passer de cinq unités de production à une seule, capable de produire 7000 repas chauds par jour. Autant dire que la créativité et la dynamique du collectif sera plus que jamais nécessaire !

EN CHIFFRES
  • - Entre 2 000 et 3 000 repas par jour durant la crise 
  • - 5 unités de production
  • - 140 agents



TIRER UN BILAN DES BONNES PRATIQUES DE LA RESTAURATION COLLECTIVE DURANT LA CRISE

Le salon Restau’Co, qui se tiendra le 13 octobre prochain au Parc des Expositions de Versaillesrassemblera tous les professionnels de la restauration collective, les fournisseurs et représentants deslières agro-alimentaires. Le salon offrira l’occasion de tirer un bilan des bonnes pratiques mises en œuvre par les professionnels de la restauration durant la crise.

Pour en savoir plus : http://www.salonrestauco.com/