EPISODE 3 : RENCONTRE AVEC JACQUES FINIELZ, DIRECTEUR DE LA MAISON DE RETRAITE PROTESTANTE DE MONTPELLIER


« Quand on vieillit, quand on devient dépendant, l’une des dernières choses qui reste, c’est le plaisir de manger » : c’est le credo de Jacques Finielz, qui dirige la Maison de Retraite Protestante (MRP) de Montpellier depuis trente ans. Pas question que cela change avec le Covid. Dès le début du confinement, Jacques Finielz et son équipe ont mis en place une organisation quasi-militaire pour faire la guerre au virus, mais l’attention portée aux repas est restée la même. Aujourd’hui, les gestes barrières sont respectés à la lettre, les masques ont rejoint l’uniforme quotidien, les règles d’hygiène et de désinfection sont drastiques, mais le plaisir de servir est intact.

ZEBDA DÉTOURNÉ EN MODE "CONFINÉS, CONFINÉS"

Dans la vidéo Youtube où salariés et résidents de la MRP détournent le « Motivés Motivés » de Zebda enversion « Confinés, Confinés », les chanteurs amateurs le disent bien : « Ici, on mange bien, on s’occupe au quotidien ». Même en période de Covid, la vie continue et elle tente de rester aussi jolie que possible.

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« Manger bien », ça veut d’abord dire manger frais. A la MRP, le boulot des cuisiniers est de bien acheter, bien gérer, bien transformer. Jacques Finielz n’a que faire de cuisiniers qui « ouvrent des sachets et appuient sur des boutons ». Depuis des années, les cuisiniers de la MRP avec le chef de cuisine Aurélien Deleris, travaillent avec des producteurs et fournisseurs de produits frais, souvent locaux. « Nous nous fournissons aussi auprès de l’UNADERE, une centrale d’achat dédiée aux structures sociales et médico-sociales, explique Jacques Finielz, qui préside aussi cette association. Cela nous permet de diversifier nos fournisseurs, en optant pour le meilleur rapport qualité prix. » (voir encadré)

OEUFS BIO ET VIN DU PIC SAINT-LOUP ET POISSON FRAIS DE SÈTE

Œufs bio du Pic Saint-Loup, pain bio d’un boulanger solidaire de la métropole, fromage de chèvre (bio encore !) de Baillargues, bœuf de l’Aveyron, poissons frais de Sète... : la MRP chouchoute ses résidents avec des produits frais, sains, goûteux. Elle le faisait avant le confinement et n’a rien changé à ses habitudes.
« Bien sûr, nous avons eu peur que certains fournisseurs ne suivent pas. Mais je dois leur tirer mon chapeau, ils ont toujours été là, sans exception, même au pire de la crise ». C’est sûr, il organisera, quand tout ira mieux, un apéritif pour les remercier, avec tous les résidents, les professionnels, les cuisiniers.

ON ÉPLUCHE LES LÉGUMES, ON REFAIT LE MONDE

Après le confinement, la salle à manger de la maison, aujourd’hui désertée, reprendra vie. Les résidents, aujourd’hui servis avec des plateaux repas dans leurs chambres, pourront se retrouver comme avantLes nappes seront réinstallées, les lustres s’allumeront de nouveau. Les activités aussi reprendront, comme la soupe du mercredi et les gâteaux du goûter préparés par les résidents. Ce jour-là, un groupe de résidents volontaires prépare la soupe pour tous. « Le temps de l’épluchage, tout le monde discute et refait le monde. Tout y passe, des gilets jaunes à la réforme des retraites. »

LA CONVIVIALITÉ CÔTÉ JARDIN

La convivialité et le lien entre résidents sont des valeurs centrales pour la MRP. Autrement dit, le slogan de la maison « Un lieu de vie avant tout » n’est pas un vain mot, il s’éprouve au quotidien. Le port des masques et les gestes de barrière n’y changent rien. Si la convivialité n’est pas encore de retour dans la salle à manger, elle se vit côté jardin. Tous les après-midi, il se passe en effet quelque chose dans la cour de la MRP. Le patron du restaurant voisin, féru de karaoké, vient pousser la chansonnette ; des lectures de contes sont données. Ces animations dans la cour ont commencé en mars, quand la pianiste Claire Bossier est venue jouer de courts récitals pour sa maman résidente. Tout le monde en a bien sûr profité. « On a même retrouvé des résidents appuyés au balcon alors que d’habitude ils restent dans leur fauteuil roulant » se souvient la gouvernante de la maison, Audrey Bergerot, lors d’une interview donnée à France Bleu.

APRÈS LE COVID

Bien sûr, tout le monde a hâte que la vie reprenne son cours normal et que la salle à manger redevienne la « fourmilière » qu’elle a coutume d’être. Mais Jacques Finielz reste avant tout prudent. « A Montpellier, le virus ne circule plus. Mais un peu de relâchement et ça peut repartir. Alors je martèle tous les jours et à tous - résidents, soignants, cuisiniers, famille - qu’il faut encore et toujours respecter les geste barrières. »




L’UNADERE FOURNIT MASQUES, GANTS ET CHARLOTTES

Jacques Finielz, le directeur de la MRP à Montpellier, est également président de l’UNADERE. Créée en 2010, cette structure est une centrale de référencement associative qui propose des tarifs négociés à ses adhérents du secteur socio-médical. Membre du réseau Restau’Co, elle référence plus de 100 fournisseurs, notamment dans le domaine alimentaire.

En avril dernier, l’UNADERE a lancé une commande importante de masques, gants jetables, charlottes et sur-chaussures. Au siège à Clermont Ferrand, des salariés bénévoles de la centrale se sont mobilisés pour recoliser les produits en vue de répondre aux besoins des structures de petites tailles. Ces dernières ont en effet difficilement accès à de petites quantités sur ce type de produits. Cette opération solidaire a rencontré un vif succès puisque plus de 400 adhérents sur 5000 ont déjà passé commande.




RESTAU’CO AUPRÈS DES ASSOCIATIONS CARITATIVES ET DES EHPAD

Dès l’annonce de la fermeture des écoles, lycées, universités, le réseau Restau’Co a appelé les acteurs de la restauration à « limiter le gaspillage alimentaire » et à « proposer leurs stocks aux établissements restants ouverts ou aux associations caritatives ». Le 3 avril dernier, le réseau a lancé un appel conjoint avec la FNAQPA (Fédération Nationale Avenir et Qualité de vie des Personnes Agées) pour inciter les cuisiniers des cuisines municipales, collèges, lycées, universités, associations ou entreprises à se porter volontaires auprès des Ehpads ou résidences autonomie « fragilisés » par la crise.